EXTRAITS
 

 

 
 



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Sa 1ère crise d'angoisse

L'accident en lui-même avait un vice caché, et allait révéler tout son sens. Un jour où Corinne renseignait un client sur des horaires, elle sentit une vive douleur thoracique, exactement au niveau du cœur. Sa respiration s'accéléra subitement, et des gouttes de sueur commencèrent à ruisseler sur ses tempes. Corinne paniqua. Jamais elle n'avait ressenti de tels phénomènes. Persuadée qu'elle était en train de mourir, comme ça, sans raison, et en plein travail, le stress eut raison d'elle, et elle s'évanouit. Brusquement, sous les yeux affolés de son client et de ses collègues. Il ne s'agissait pas d'hypoglycémie. Il ne s'agissait pas d'anémie, ni d'une autre maladie physique. Non. Corinne venait juste de rencontrer une partie de sa personnalité, une sorte de vipère en hibernation réveillée par l'accident anodin qui avait eu lieu quelques mois auparavant. Le choc des deux véhicules avait remué la vase des eaux troubles qui font partie de ce que nous sommes tous : un mélange de bien et de mal, de positif et de négatif, de clair et d'obscur que nous tentons, chacun à notre niveau, d'équilibrer. L'heure était au remue-ménage intérieur et Corinne vivait les premières manifestations de ce qu'on appelle : une crise d'angoisse.

Perplexe face à sa fille lesbienne
Sur le lit, Corinne cogita beaucoup, mais le Xanax rendait l'épreuve un peu plus agréable. Elle réfléchit à toutes les difficultés de sa vie, à sa fille lesbienne, à son mari inexistant, à son fils trop gros, à son boulot, à son mal-être, mais c'était comme si elle n'était pas tant concernée par tout ça. Le Xanax lui anesthésiait les méninges.
" Et si c'était de ma faute que Jenny soit lesbienne ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que je n'ai pas fait ? Peut-être que j'ai été trop laxiste avec elle ? Ou le contraire ? Je n'aurais jamais dû accepter ce traitement hormonal pendant ma grossesse. Je suis sûre que c'est ça qui a déréglé ma fille. C'est ma faute ! ".

Au bar de Gaby
Le jeune ne rétorqua rien. L'autre non plus. Corinne écoutait mais n'avait rien à dire sur le sujet. " Pas concernée ", qu'elle pensait. Alors Josiane ajouta :
- Moi j'aime bien les gens dans votre style, mais j'aime pas votre genre. C'est mieux un mec qui a son style, mais pas un genre, vous voyez ? Un mec qui se fait tatouer une tête de mort et qui se bute, c'est mieux qu'un type qui fait le fort avec ça et qui flippe sa race de clamser. Un mec qui dit " Les pédés ne m'intéressent pas ", c'est certainement plus intéressant à entendre qu'un autre qui me répond : " J'aime pas les pédés ", parce qu'au moins, le précédent a fait le tour de la question. Vous saisissez " the " différence ?
- Putain, c'est du balourd ce soir ! dit l'un des chevelus. Et ils quittèrent la table.
- Do you like connards ? demanda Josiane à Corinne qui, forcément, explosa de rire. Puis Corinne proposa sa tournée et se leva pour aller la commander au bar. Elle demanda deux Mort Subite à une serveuse et Gaby le patron lui offrit deux shooters improvisés.
- C'est quoi dedans ? demanda Corinne.
- Tu verras, ça déchire, dit Gaby. Ça s'appelle " Sex in the jungle ".

L'Euphytose
Trente bonnes minutes et le médecin vint revoir Corinne dans le couloir, et pour ce qu'elle avait, il ne prit pas la peine de la remettre dans le box. Les analyses de sang étaient bonnes, les radios étaient bonnes. Corinne n'avait rien de physique. Alors le médecin lui donna une ordonnance et dit :
- Je vous ai prescrit quelque chose qui vous calmera, vous verrez, cela vous fera du bien.
- Ah bon ? demanda Corinne en se redressant. Et c'est quoi ?
- De l'Euphytose, c'est assez efficace.
Corinne ne put s'empêcher de rire. C'était effectivement drôle, mais c'était surtout les nerfs qui lâchaient. Elle poursuivit :
- De l'Euphytose ? Excusez-moi de rire mais je suis déjà au Xanax moi…
- Oui mais vous verrez, ce sera plus efficace que le Xanax. Car l'Euphytose traite vraiment les symptômes.
- Ok, ok…merci bien.
Corinne se rhabilla avec ses vêtements qui étaient dans un petit sac accroché au devant du lit. On aurait dit un sac poubelle. Elle regarda l'heure. Elle avait passé près de cinq heures dans ce putain de service, pour se faire charcuter les bras et récolter une boîte d'Euphytose. " Euphytose, les petits bonbons aux plantes qui ne font rien ", pensa Corinne, carrément dégoûtée et frustrée. Tout ce temps pour ça. Elle avait honte, car elle réalisait qu'on l'avait un peu mise de côté tout l'après-midi parce qu'elle n'avait rien. Tout le monde avait vite compris qu'elle n'avait rien. Elle n'avait été qu'une angoissée supplémentaire !



 
     





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